Les Landes magiques

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Les Landes magiques

Mensaje  juanto el 30.01.18 14:57

Les Landes magiques
Te souviens-tu de cette histoire ?
J’étais dans ton bureau, la plume à la main, persuadé de voir venir les idées du font des sourires et des couleurs variées qui éclairaient le plafond du soleil d’hiver, d’un gris joyeux. « Toute histoire commence par une introduction » me dis-tu, voilà que je trempais la plume dans l’encre de son temple épris d’une lumière caressante faisant fleurir mes mots. Cette encre onctueuse se laissait glisser sur ce merveilleux papier, douceur que percevait mes mains à son contact.
Certaines de mes lettres ressemblant à une nouvelle écriture cunéiforme venaient s’imprimer devant moi comme sur une toile, brillantes, debout les yeux ouverts au contre-jour de la nuit, elles me faisaient rêver un futur amoureux.

 Ce crochet, cette lettre graphique allait jouer avec les recoins de l’encrier au même instant que je me perdais de plaisir dans son temple, l’impression d’être ou de ne pas être là m’enveloppait, instant où ouvrant les yeux, je vis au loin ces landes aux herbes hautes, quadrillées de marais invisibles, balayées par un vent insolent et irrégulier…

Le chemin se perdant devant, moi sur cet horizon de gris et rose, de jaune et violet où le noir avait complètement disparu, m’absorbait dans ses matisses. Je me pinçais le bras, pour comprendre, pour pouvoir respirer. Soudain, comme une main caressante, des griffes félines vinrent me lacérer le dos. Le vent, les joncs, les herbes hautes me dis-je. Je me retournais, plus de vent, plus rien, au loin un bois sous un soleil éclatant. Je me mis à marcher sur ce chemin sec, aux herbes sèches, puis dans le champ à ma droite, des paysannes avec des robes d’antan fauchant le blé, comme une peinture vue et revue dans un musée, même l’horizon forçait l’impression de coup de pinceaux, de peinture en sésame, orge ou blé, elles me souriaient toutes, d’un beau sourire plein de dent, la plume à la main j’inscrivais les mots d’un aire désolé, n’étant pas habillé pour les blés, j’allais vers elles et elles s’éloignaient absorbées par l’infini ambré. Jolies paysannes aux cheveux dorées.

Chemin faisant, je m’en éloignais puis après quelques pas mémorisant le chemin, une bâtisse, un cloitre, une abbaye ou monastère, là devant moi, j’entendais des rires, mais « Mon Dieu ! » que faisaient-elles ces drôles de nonnes ? En voilà donc une façon de prier ! Robes relevées, courant les mains joyeuses, gloussant excitées, elles s’arrêtèrent un instant, me regardant et souriant, elles me demandèrent de rentrer. Elles avaient toutes le même sourire, celui que j’aimais tant, plein de dents, je les voyais dans leur patio, enivrantes, mais lorsque je m’approchais de leur porte, tout le tableau s’éloignait.

Je repris le chemin en écoutant les rires derrière moi, puis me voilà dans les bois, dans cette forêt épaisse, où la lumière s’obscurcissait à chaque pas, ma plume dans son encre, aux portes du temple. J’en imbibais la pointe pour adoucir le son sur le papier, celui-ci devenait de plus en plus doux à chaque pression de mes doigts et me voilà pris au piège des bois. Les branches m’encerclaient me prenant une à une chaque bras et jambes, enchaîné par des mains végétales aux feuilles douces et suaves qui voulaient me faire perdre la tête, je résistais.

Puis d’une force tranquille, elles me soulevèrent pour me déposer sur cette pierre, à moitié dolmen, à moitié autel de sacrifice. Immobile la plume trempée, les mains attachées, l’écriture en mouvement, la pointe dressée dessinait un soleil au milieu de la noirceur du feuillage qui vint m’aveugler, au même instant une prêtresse de je ne sais quel rituel vint se pencher sur moi, caressant de ses cheveux mon torse et de sa main douce aux ongles acérés, sauvage comme la forêt, me couvrit de ses bras aux milles feuilles en caresses, aux mots et phonèmes enchantés. Prisonnier par la douceur, elle vint comme un papillon sur une fleur, se poser sur moi et se balançant comme dansent les feuilles par une douce brise, le vent l’emportant, mon cœur s’envola sous cet ouragan.

L’instant d’une seconde, l’œil en éveil, je pus m’apercevoir que nous n’étions pas seuls. Des centaines de petits yeux fixaient nos ébats comme la plume glissant sous son encre, emportée par ce papier merveilleux. Souris, oiseaux, belettes, insectes et écureuils, lapins et cerfs riaient à pleine dents ! Le temps d’un instant, je pouvais les entendre, mais que disait-il, forçant l’écoute l’écureuil et sa compagne glissèrent le mot « transformer », puis le cerf « en quoi » et voilà des rires et des petits sauts d’allégresses comme sur un champ de course, des paris farceurs… Voyant tous ces yeux rieurs, je compris que mon tour allait venir, serrant les points très forts, je pensais au loup que je n’avais pas encore vu et au taureau de ma terre espagnole. La plume à la main j’écrivais au rythme du temps, comme emporté par une vibration naturelle des éléments m’encerclant, ma main, ma plume étaient le chemin, mon salut, et la voyant sourire, lisant dans les miennes, elle décida de ne point me transformer, me laissant en tant qu’homme pour continuer à vivre ses pensées. En un instant, je me retrouvais sur ce chemin bordé d’herbes hautes, d’une lande étirée, à l’écriture penchée par le vent saisissant, ma plume dans son temple, les mots prisonniers, trois fois elle me fit partir, me laissant seul dans ce paysage peint à l’huile aux poudreuses couleurs, ni de meule, au soleil dans la brume, ni de faucheur, mais encore une fois ces belles paysannes aux sourires étincelants me faisant signe de venir encore et encore une fois pour la troisième fois.

Croyant encore m’échapper, je poursuivais le chemin qui s’éloignait à chaque pas devant moi. Un horizon incertain qui me faisait me pencher sur mon environnement le plus proche, avec cette sensation de déjà vue. « Oui, je suis déjà passé par là » A la vue de cette pierre, de cette fleur, de cette couleur, malgré le vent, la pluie saline me faisant rêver d’une plage, d’un bateau, d’un voyage, la toile s’effaçant chaque fois que je me retournais vers ce bois éclairé, souriant aux belles paysannes, aux nonnes enchantées, je me retrouvais encore une fois attaché et couché sur cet autel nu comme un nouveau-né, où elle m’attendait rayonnante d’un bleu changeant d’azur au céleste, ses mains ouvertes et caressantes coupante comme l’acier parcourant les pages de ma destinée.

Les animaux n’étaient plus là, comme ayant perdu le goût de rire, puisque je n’étais pas transformé, plus de paris et de moqueries inutiles, elle me gardait ainsi. Ma plume noyée dans son temple aux portes de sa caverne de pierre, antre de son esprit, j’inscrivais sur ses parois immaculées, ses mots d’une noirceur « encrière » laissant sur son papier magique les apophtegmes qu’elle n’avait cessé de me répéter. Va maintenant et marche. Dans ce silence assourdissant, comprenant qu’il était inutile de fuir, qu’elle était dans toute mes pensées, je lui pris la main d’un sourire, celle-ci se fit douce, le bois obscur s’effaça, le vent cessa sur la lande, les paysannes rentrèrent dès les premiers sons de cloche de l’abbaye, du cloitre qui ferma ses portes et volets, ma plume dans son temple écrivit pour cette nuit ces derniers mots, le chemin s’éclaira devant nous, laissant apparaître le village aux toits pointus, puis là, au coin de la première ruelle, une maison aux colombages et toit de chaume nous tendait les bras, souriante chaumière qui allait être la nôtre, celle de nos milles et un comte à nous.

juanto
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